mercredi 13 juillet 2016

Petit journal des cimes 17




Tu marches, pour le plaisir de marcher, de gravir une pente à t'en fendre le cœur, parvenir en des vallons de paradis à t'en couper le souffle.

Qu'importe d'atteindre la cime ?




Tu marches, pour le plaisir de marcher, de laisser tes yeux divaguer, t'arrêter un instant partager un lever de soleil avec un chevreuil de passage, une symphonie d'oiseaux qui salue le jour, quelques marmottes curieuses qui tentent une approche puis s'enfuient en sifflant.

Qu'importe où te mènent tes pas ?




L'essentiel n'est pas dans le but à atteindre mais dans le chemin, dans le jeu des nuées avec tes craintes et tes espérances.
Un instant tu crois devoir revenir sur tes pas tant elles font sombre front
Puis lentement se déchirent sur le couteau minéral des crêtes.








Alors tu marches : que t'importe d'arriver quelque part ?

Tu en croises qui vont vers les cimes, l'oeil rivé sur leurs pieds, camelback pour ne point faire de halte, ils marchent aussi mais ne voient rien de ce que tes yeux regardent.





Tu ne te fixe aucun objectif sinon celui de ton regard, tu vas de ton pas tranquille, t'arrêtes dès que poumons expirent ou cœur bat la chamade, et pourtant te voilà à la terrasse d'un gîte, dans les temps prévus que tu n'avais pas consultés.
Alors te dis que demain tu pousseras plus loin, si ton réveil le permet...




Tu marches et tu apprends : que l'important n'est pas d'atteindre un but, mais le chemin qui t'y emmène, les rencontres qui s'ouvrent, les forêts qui se referment, les nuées qui se lèvent, les mots jetés à la volée, qui ne savent ce qu'ils font sinon vivre leur vie de mot.




Grande Serenne, 14 juillet 2016


© Texte & photographie de Xavier Lainé

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