dimanche 4 août 2013

Premier sommet, premiers vertiges




Au début mon pays s’éveille.
Il lui faut longue patience pour que lumière s’élève par dessus les rochers.

Rien ne bouge encore, à l’heure des premiers pas. On avance, hésitant, sac aux épaules, bâton en main.
Les semelles dures résonnent dans les premières clartés.

Le village, là-bas, reste en son ultime sommeil.



Premier sommet 1 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés




Il faut un temps pour évacuer, les brumes du dehors, comme celles du dedans.

Tu vas de ton pas tranquille.

Les pierres roulent, juste avant que le pied se fasse plus lourd sous les premières chaleurs.

Au loin, les cimes se dressent en majesté, ultime rempart à l’ardeur estivale.

Te voilà déjà haletant, mouchoir au front, gouttes salées perlant aux sourcils.

Ce que tu cherches est informulable.

Tu marches ; un pas chasse l’autre. Tu veilles à économiser tes forces. Le but est encore lointain et l’enfant, dans sa hâte et sa vigueur, montre déjà quelques signes de fatigue.



Premier sommet 2 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés



Premier sommet  3 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés





C’est si long chemin pour tenter de parvenir en quelque sommet.
Toujours se déroule le tapis de lumière et d’ombre, où se nichent les instants de fatigues, la densité des désespoirs.
Nulle certitude de parvenir au terme du voyage.

Mais pourquoi tant de peine pour un but si inutile.

L’enfant s’inquiète, pleure. A l’ombre des frênes, dans l’odeur de résine d’un été flamboyant, il pose sa tête sur tes genoux.

Si difficile de dire, le pourquoi de votre présence en ces lieux, sinon l’impérieux besoin de renouer avec l’humilité, la fragilité, ces petits riens qui te font humain dans un lien ténu à la terre, à ses forces souterraines, souveraines.

C’est si long chemin, et parfois si dur qui te mène des profondes vallées à l’azur d’une vie !


L’enfant prend la carte, cherche où il se trouve. Il se relève avec petit regard de défi. Il n’abandonne pas la partie et te presse de le suivre.
Le sous-bois se fait tendre à ses pas un peu ivres. L’altitude joue sur ses sens, comme unique boussole vers son avenir.



Premier sommet 4 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés




Premier sommet 5 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés





C’est au bout du chemin, dans la fraternité du ciel, que se tient sous le regard, l’immense cadeau.

Splendides horizons s’offrent, comme récompense à l’effort.
Bien que le terme en soit maudit, puisque rien n’oblige, ni promesse de résultat, ni idée de conquête.

Il s’agit de découvrir l’intensité du bonheur, celui qui ne tient à rien, sinon au rythme régulier des semelles battant la roche et l’herbe.



Premier sommet 6 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés



C’est majesté que de laisser glisser le regard de crête en crête jusqu’à l’infini de ces plis que la terre se fait.

Force et douceur s’allient pour la beauté de l’instant.

Tu vois, fils, nous ne sommes pas grand chose et pourtant témoins de ce que cette terre sait offrir, à qui arrête de courir et vient s’asseoir, sur ce rebord du monde.



Premier sommet 7 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés



Premier sommet 8 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés





C’est de là-haut qu’il faut le regarder, le monde.
De là-haut qu’il faut encore l’écouter.

D’ici ne parviennent que bruits feutrés sous le couvercle du ciel.
Les choucas et le vent ne laissent rien entendre de ce qui est, et pourtant la vie palpite, là en bas.


Jambes pendantes au bord de l’espace, nous écoutons le feulement dans les herbes : c’est leur manière de te parler, mon fils.
Mais déjà, à peine assis, ta tête se penche sur mes genoux ; tes yeux se ferment ; tes lèvres esquissent un sourire.

La partie est gagnée qui nous permet ainsi, par delà la fatigue de l’instant, de sourire à la vie invisible.
Nous savons détenir une clef, dans la clarté du ciel.
Il fallait simplement franchir les portes du vide pour la découvrir.



Premier sommet 9 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés




Revenant sur nos pas, d’un ultime regard nous balayons ce territoire.
Quelques uns nous rejoignent qui ne s’arrêteront pas.
Ceux-là n’ont rien saisi de la beauté du silence.

Nous reprenons la route, chancelants et ébrieux de fatigue.

Tu marches dans le feu, plonge tes mains en riant dans la fontaine fraîche.
Ta tête, fils, dodeline au rythme des virages qui nous conduisent au monde.
Nous gardons au fond de nos esprits, la magie d’un moment. Tu te plaindras bien un peu de l’âpre chemin parcouru.

Mais dans un clin d’œil tu viendras me rassurer : nous avons touché à l’essentiel, cette chose sans mot qui te prend par le bout du cœur pour ne plus te lâcher, tant la soif de se recréer au contact des forces naturelles est immense.



Premier sommet 10 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés





Il restera toujours, une petite place pour quelques herbes folles, dans l’espace du dedans ouvert, puisque rien ne saura arrêter le murmure d’herbage et de roc, ni la lumière qui rebondit de vallon en vallon, jusqu’au plus profond de nos existences.



Premier sommet 11 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés





Textes & photographies de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés
© Xavier Lainé, 4 août 2013

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