dimanche 2 juin 2013

Couleur saltimbanque


Ils sont venus, les saltimbanques, dérider le marché, le réchauffer de mots quand le vent venu des cimes glaçait un peu les échines. Ils sont venus, pour un jour, pour une bouffée d'art pur, celui qui se pratique loin des grands tapages. Ils sont venus et depuis, le pavé frémit encore de petits rires printaniers.


 Les 2 Trëmas 1 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits réservés

Ils sont venus, et ma ville commençait à peine à se réveiller de sa torpeur. Il lui fallait encore s’étirer, sortir de ces raideurs hivernales.
Et ce n’est pas facile lorsqu’une bise froide vous passe sur l’échine et sur les pensées, à l’heure où chaleur humaine aimerait jouer les lézards.

Ma ville donc, malgré le printemps en retard mais quand même là, ne savait trop si elle devait rire. Il s’en trouve toujours pour cela : ils rient, rient, puis rentrent chez eux et ne ressortent plus. Ils ignorent même qu’il puisse y avoir, quelque part dans les ruelles, un de ces havres où la tendresse des mots peut se répandre, aux oreilles qui veulent entendre.

Parce que voyez-vous, je vis dans une ville qui aime sa petite paix, qui fait comme si rien, ailleurs ne se passait, qui se cache dès le crépuscule, pour ne reparaître qu’aux aurores, va faire son petit boulot, aime l’autre tant qu’il reste à sa place, c’est à dire, loin.

Alors ça lui fait du bien, à ma ville, d’être un peu secouée d’un vent saltimbanque, de temps en temps, sans que nul en haut lieu n’en ait décidé l’avènement.

Les 2 Trëmas 2 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits réservés

On peut même dire des choses très graves avec le sourire. On peut parler des guerres absurdes, des petites plaies et des grands conflits, on peut surprendre en s’avouant revenu de six pieds sous terre. On peut tout, dans l’amour des mots et des gens.

C’est bigrement surprenant, ces choses là. Un marché ne peut y être totalement indifférent.

Il faut secouer une ville pour qu’elle se rende compte qu’elle vit, ailleurs que devant des écrans, ou dans des actes culturels commandités en haut lieu, subventionné car conforme à l’idée que là-haut on se fait du mot culture.

Elle en a besoin, de cette secousse tellurique qui éjecte un cadavre, un siècle après 14 pour qu’il nous dise avec bonheur l’absurde destinée que des hommes dessinent à d’autres hommes.

Alors voilà, ils sont venus. Ils étaient annoncés. Ils sont allés à la rencontre des baladins du samedi matin, ceux qui font leurs courses, parlent une fois par semaine avec leur semblable, avant de disparaître dans leur demeure cloitrée.

Ils sont venus. Ils ont un peu asticoté les chalands, juste pour voir un peu.

Mais les chalands d’ici n’ont pas l’habitude qu’on les asticote à l’improviste. Ce qu’ils aiment, c’est que ce soit prévu, bien dans le cadre de ces jolis moment qui animent leur petite ville si belle. Il y a des festivals pour être asticotés, une fois l’an, mais pas plus.

On aime ça, mais pas trop. Chaque jour suffit à sa peine, ma brave d’âme et on vit sans histoire.

Les 2 Trëmas 3 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits réservés

Il ne sert à rien de convaincre, non, il faut parler. Il faut dire les mots qui viennent. C’est pour ça qu’on est humain, il paraît. Alors on parle. Et si souvent on le fait pour ne rien dire, ou pour répéter ce que d’autres ont déjà dit !

Remarquez, c’est toujours un peu comme ça, l’humanité, elle passe beaucoup de temps à se rabâcher les mêmes histoires. Dès fois même, elle répète l’histoire elle-même, par pure amnésie, sans doute.

Alors il faut nous dire des mots qui heurtent autrement nos tympans, qui se vrillent dans nos pensées par microséismes renouvelés. Il nous faut ça, à nous, les hommes, pour qu’enfin nous apprenions quelque chose : il nous faut nous répéter les mots dits pour trouver la voie d’en inventer qui ne soient pas maudits.

Il nous faut les dire, avec le sourire, avec les larmes, sous le soleil et sous la pluie. Qu’importent alors les vents mauvais soufflés par quelques diables incarnés en apparence humaine. Nous savons alors que d’autres chemins sont possibles parce que…

Parce que quoi, d’abord, ou ensuite ? Parce que rien, tout reste à créer, toujours, et nous ne serons jamais assez nombreux à creuser la terre, à la regarder, à nous réjouir de cette existence de hasard, à soupirer sur les misères qui nous accablent… A condition que ce soit beau, triste ou gai, mais beau.

Et c’est beau, un homme qui se penche sur son passé, pour mieux vivre son présent, et se préparer d’autres futurs !

Les 2 Trëmas 4 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits réservés


Les 2 Trëmas 5 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits réservés


Les 2 Trëmas 6 – Photographie de Xavier Lainé, tous droits réservés


NB : une fois de plus les manosquins n'auront rien su de ce qui se passait au petit théâtre de La Fourmi, ces 25 et 26 mai 2013, la presse locale, ou ce qui ose encore se dénommer ains, n'ayant pas daigné faire le déplacement.



Texte & photographies de Xavier Lainé, tous droits de reproduction réservés

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